Modem: "Bayrou jette le trouble"

 Antoine Dupin "tire le signal d'alarme". Chef de file du Modem dans les Hauts-de-Seine, le responsable centriste a écrit une lettre ouverte à François Bayrou, dans laquelle il fustige certaines "dérives" vis-à-vis des règles de transparence du parti. Il explique sa démarche au JDD.fr.

Pourquoi avez-vous choisi d'écrire une lettre ouverte à François Bayrou (lire: Climat de fronde au Modem)?
Je tiens d'abord à dire qu'il s'agit d'un acte collectif, de la part d'élus et de militants des Hauts-de-Seine dont je me fais le porte-voix. Nous nous sommes émus de voir passer, dans le cadre des élections régionales de 2010, tout un tas de "candidatures sauvages" qui ne respectent en rien les règles de désignation en vigueur au Modem. Nos statuts sont très clairs: ces désignations doivent être décidées collectivement, par les militants. Or, on aperçoit aujourd'hui que des responsables de très haut niveau laissent entendre que certaines candidatures sont déjà choisies. On a le sentiment qu'on entre dans une période de turbulences, néfaste à l'émergence d'un projet que nous soutenons.

Néfaste?
Oui, néfaste, car lorsqu'on se focalise sur les luttes internes, on créé une certaine forme d'insécurité à l'intérieur du parti, qui rend impossible l'identification d'un projet politique par les citoyens. C'est pour cette raison que j'ai tenu à tirer le signal d'alarme.

"Le congrès d'Arras doit être celui de la transparence"

Vous parlez de "candidatures sauvages", auxquelles faites-vous allusion?
François Bayrou a par exemple déclaré dans la presse qu'il nous réservait une surprise en Ile-de-France. Je veux bien passer pour le schtroumpf grognon (sic), mais il est vrai que je n'aime pas trop ce genre de surprises. Plus généralement, il a marqué sa préférence pour tel ou tel candidat dans telle ou telle région, alors que le processus de désignation n'est pas encore terminé et qu'à côté de cela, il existe des candidats qui ont respecté les règles! Quelque part, avec mes amis, nous faisons un rappel au règlement en disant: "Attention, on jette le trouble et on rend les choses plus difficiles qu'elles ne le sont".

En pointant du doigt un déficit de démocratie à l'intérieur du Modem, vous rejoignez finalement tous ceux qui pensent que le parti ne sert qu'à servir les ambitions présidentielles de François Bayrou…
Disons que le prochain congrès national du Modem (à Arras les 5 et 6 décembre prochains, ndlr) tombe plutôt bien de ce point de vue là. Il sera encore temps de se ressaisir, avant que ne débute réellement la campagne pour les régionales. François Bayrou aura l'occasion de faire amende honorable sur les dérives que nous constatons afin que nous puissions repartir sur de bonnes bases. Au-delà, ce congrès doit être celui de la transparence, où François Bayrou pourra discuter avec les militants et prendre l'engagement que notre projet de société sera au cœur de la campagne, et pas seulement les ambitions d'hommes.

Le fonctionnement du parti semble de plus en plus critiqué en interne. Le Modem est-il en danger? Peut-il disparaître finalement?
Si je lance un cri d'alarme, c'est justement pour qu'il ne disparaisse pas. Si, élection après élection, nous tombons dans le même piège de la personnalisation du scrutin et que, dans le même temps, nous ne répondons pas aux interrogations des citoyens, on passe à côté de quelque chose, c'est sûr. Aujourd'hui, les gens n'ont pas envie qu'on leur parle de l'élection présidentielle de 2012. Il y a un temps pour tout. Et je pense même qu'il est toujours délicat pour un homme à la stature nationale, comme l'est François Bayrou, de trouver sa place dans le concert des candidatures locales. Le Modem doit faire confiance à ses élus locaux, modestes, mais enracinés sur leur territoire.

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